samedi 21 mai 2016

Zoo City - Lauren Beukes







Résumé : Ancienne journaliste et ex-junkie, Zinzi habite Zoo City, un quartier de Johannesburg peuplé de criminels obligés de vivre avec un animal à leur charge. Si l'animal meurt, leur animal aussi. "Animalée" après la mort de son frère, Zinzi est affublée d'un paresseux. Elle survit grâce à de petites arnaques, et à son talent pour retrouver les personnes et les objets perdus. Lorsqu'un célèbre producteur lui demande de retrouver une pop star disparue, Zinzi, à court d'argent, accepte la mission à contre-coeur… et plonge dans les sombres bas-fonds de Zoo City.



Avis : J'ai découvert Zoo City au détour d'un forum. La couverture très graphique, et surtout le contexte peu commun de l'Afrique en SFFF m'on donné envie de m'y plonger. Ça, et la place importante et particulière des animaux dans l'histoire.


La trame

Zoo City, c'est une trame policière classique mais agréable à suivre. L'ambiance y est sombre, parfois glauque - mais pas malsaine et complaisante, un travers que je ne supporte pas. Le lecteur suit Zinzi dans ses péripéties avec un certain entrain, à travers les bas-fonds de Johannesburg, sur fond d'immeubles délabrés, de rues mal famées et d'une faune humaine souvent peu fréquentable. On découvre le passé de l'héroïne au fur-et-à-mesure, par petits bouts. Cela renforce d'ailleurs tout l'attrait du personnage : un événement important lié à son animalisation a bouleversé sa vie, et jamais on n'aura de réponse claire et nette quant aux circonstances et aux actes de Zinzi. L'imagination du lecteur est beaucoup sollicitée, et les petits détails que l'auteure laisse échapper s'amassent pour essayer de nous aider à reconstituer le puzzle.

D'un bout à l'autre, j'ai été happée par l'histoire : les magouilles de Zinzi à l'humour très pince-sans-rire et acide, son enquête et la visite de Zoo City. L'aventure est riche en rebondissements - outre les immeubles en mauvais état, le lecteur visitera les bars peu recommandables de Zoo City, mais aussi ses égouts et ses abords peu reluisants, à la poursuite de la fameuse pop star disparue.


Les personnages

Les personnages sont très attachants. Zinzi, héroïne cynique et douée pour les embrouilles, mais aussi (et surtout) Paresseux, son animal. La relation entre les deux apporte une touche vraiment sympa à l'ensemble, et découvrir petit à petit le lien qui les uni, plus ou moins semblable à celui qui unit les personnages à leur daemon dans A la croisée des mondes, est passionnant. Il y a aussi Benoît, l'amant au passé trouble, accompagné de son acariâtre Mangouste. Les jumeaux pop star, dont l'un d'eux a disparu. Fragiles et à vif, j'ai aimé les découvrir, même si au final, on ne fait réellement connaissance qu'avec Sbu', le garçon. Et enfin, Maltais et Marabout, deux personnages particulièrement et mystérieux dégageant une aura plus ou moins inquiétante, le premier affublé d'un Chien, et la seconde d'un Marabout aux pattes mutilées, qu'elle porte en sac-à-dos. Je ne sais pas si vous avez déjà vu un marabout, espèce de grand oiseau charognard aux allures de croque-mort, mais rien que d'imaginer l'ensemble, le personnage ne laisse pas du tout indifférent.


Le style

Le style est agréable à suivre. Il prend la forme du point de vue interne à Zinzi, nous suivons donc les événements via ce qu'elle perçoit, et avons droit aux commentaires piquants qui accompagnent l'ensemble. Le ton est plutôt enlevé, et se lit vraiment très bien, même si l'auteure semble parfois s''emmêler de temps en temps, comme ayant du mal à gérer le concept d'animal et l'intrigue policière : certains passages de fin un peu confus ; cela dit sûrement le seul bémol que j'ai trouvé à l'ensemble. Le texte est entrecoupé par des articles, des extraits de recherches apportant des informations sur l'apparition des Animaux. La forme du texte est travaillée, plaisante à la lecture, et apporte une petite touche d'ensemble agréable.



Le mot de la fin : Une très bonne lecture, fluide et agréable. En refermant le livre, je me suis prise à espérer retrouver Zinzi en personnage récurrent, dans de nouvelles enquêtes fantastiques sur fond africain. Un bon petit moment lecture.



C'est du bon !



Lecture dans le cadre du défi



Item :  18 - Lire un livre de SFFF traduit.



lundi 16 mai 2016

Le Cycle de Lanmeur, tome 1 : Les contacteurs - Christian Léourier







Résumé : Quand les hommes de la planète Lanmeur accèdent pour la première fois au voyage spatiale, ils ont la surprise de découvrir que d'autres humanités s'épanouissent dans l'univers. Un hasard ? Peut-être pas. Lanmeur lance alors l'idée du Rassemblement, et envoie alors des contacteurs sur ces mondes plus ou moins avancés, avec pour mission de les intégrer à une nouvelle grande civilisation humaine. Mais quels intentions masque ce grand projet ?




Avis : D'excellents avis lus sur cet ensemble de textes m'ont poussée à m'intéresser à Lanmeur, lors de la reparution du cycle chez Ad Astra. Les couvertures Folio SF m'ont attiré l'oeil, et le premier tome de cette intégrale est tombée dans mon escarcelle… pour mon plus grand bonheur...


Trame

Et l'aventure à commencé avec ce premier tome. Et quelle aventure ! En trois parties, chacune narrant l'histoire d'un contact entre la civilisation de Lanmeur et celle d'une nouvelle planète. Trois voyages, trois textes à part entière, porteurs de différents styles, dépaysants, dérangeants, effrayants, poétiques… une vraie découverte. 

Le premier texte, Ti Harnog dépeint une civilisation très stricte, où chacun a sa place ; et où chacun naît femme, puis devient homme sur ses vieux jours. Twern le contacteur, homme jeune, détonne donc dans une société où un homme glabre est une anomalie. Le lecteur découvre à travers ce texte une histoire à la limite de la fantasy : une quête, une histoire d'Elu, des batailles épiques et un environnement pseudo-médiéval. L'auteur réussit parfaitement à dépayser son lecteur en inventant un fonctionnement de société original et suffisamment bizarre pour que l'on soit déstabilisé… au moins autant que le contacteur. Un texte à la saveur "vieille héroïc-fantasy", qui ne se dépare par pour autant de son côté SF. Un tour de force.

Le deuxième texte, L'homme qui tua l'hiver, plonge le lecteur dans la quête archéologique d'Akren, jeune femme débarquée sur la planète Nedim afin d'étudier, pour le compte de Lanmeur, les vestiges de Gogleth, cité prisonnière des glaces. Avec des indigènes persuadés que Nedim, leur planète, est une divinité refusant les colons, elle brave l'espace impitoyable et glacé qui sépare son lieu d'atterrissage de Gogleth, à la recherche de reliques anciennes. Entre Indiana Jones et les romans de Jack London, j'ai suivi avec passion la lutte d'Akren pour survivre et accomplir son rêve. 

Le troisième et dernier texte, Mille fois mille fleuves, apporte un nouveau dépaysement. Un peuple qui vit au bord de l'eau et vénère le fleuve qui les accueille sur ses flots. Chaque année, le fleuve reçoit une nouvelle épouse. Cette année, Ynis, l'hérïne de ce texte, est choisir pour s'unir au fleuve. Elle narre au lecteur son histoire : sa convocation par le dieu, le Vieux Saumon, sa découverte des hommes-oiseaux, la faute qu'elle a commise et son exil. Un texte plein de poésie, et très beau de par l'histoire d'amour qu'il évoque. Une histoire d'amour narrée avec suffisamment de subtilité pour ne pas en faire un texte mièvre. 


Personnages

Dans chacun des textes, les personnages sont développés avec finesse. Twern, qui ne comprend pas le fonctionnement de la société de Ti Harnog et provoque malgré lui des changements profonds. Son évolution se fait en finesse. Akren est arrogante et reste longtemps antipathique pour le lecteur. Elle ne comprend pas les indigènes qui la mènent à Gogleth, ni leur façon de vivre. En temps que Lanmeurienne, persuadée de la puissance de sa propre civilisation, elle finira pourtant par percevoir un peu de la grandeur de Nedim. Enfin, Ynis, jeune femme persuadée de sa faute, ne se rendra jamais compte du service qu'elle a rendu au Vieux Saumon. Ces personnages, par leurs yeux, nous donnent un aperçu de trois humanités au fonctionnement différent mais passionnant. 


Style

La finesse du style de l'auteur fait également beaucoup. Chacun des récits est raconté d'un point de vue totalement différent. 

Dans Ti-Harnog, le lecteur découvre la planète par les yeux du contacteur. On garde à l'esprit sa quête, même si elle est souvent perdue de vue. Dans L'homme qui tua l'hiver aussi, le lecteur suit la quête du Lanmeur par les yeux d'Akren… et certains desseins de cette civilisation semblent bien moins doués de bonnes attentions que ceux du premier texte. Enfin, dans Mille fois mille fleuves, le lecteur se demande longtemps le rapport avec Lanmeur et ne le découvre qu'à la toute fin. Et cette fois, les intentions de la planète lointaine paraissent inquiétant. 

Dans chacun des textes, lorsque l'on pense avoir perdu Lanmeur de vue, c'est avec une vraie finesse et une vraie richesse que l'auteur nous rappelle son existence, tissant et imbriquant petit-à-petit chacun des fils qu'il a laissés traîner au gré des textes. 


Le mot de la fin : Un coup de coeur pour ce premier tome ; à travers la découverte des civilisations humaines disséminées dans l'espace, Christian Léourier nous fait découvrir son riche imaginaire, et parvient à maintes reprises à dépayser le lecteur. Pour le coup, un vrai voyage, une vraie découverte… et sûrement un retour, pour ma part, du côté de Lanmeur… tome 2 !

Un livre à découvrir et à dévorer.



Coup de coeur




Lecture dans le cadre du défi



Item :  16 - Lire le premier livre d'une série SFFF que vous n'avez jamais lue.




lundi 9 mai 2016

Le Sang des lions - Loïc Le Borgne







Résumé : Début du XXIIe siècle : Tandis que l'Europe s'enfonce dans le chaos, le continent africain connaît une ère de prospérité. Principale fierté de l'Afrikwana : les Magic Eden, somptueux parcs naturels où s'ébattent lions, éléphants et autres grands fauves, devenus doux comme des agneaux grâce à l'ingénierie génétique. Jef, jeune réfugié européen, travaille dans un de ces parcs de rêve, aux pieds du Kilimanjaro. Mais le rêve tourne au cauchemar, car les animaux attaquent soudainement les touristes.Avec l'aide de Massaïs insoumis, Jef découvre que la vie sauvage est en train de reprendre ses droits…




Avis : Livre que j'avais acheté, il y a assez longtemps, dans le cadre d'un défi "Littérature des cinq continents". Le défi a été un peu oublié entre-temps, mais pas ce livre, sur lequel j'avais eu de bons éco. Et puis bon. Un livre qui me parle de nature qui recouvre ses droits, ça me parle (même si une petite alarme s'est allumée dans ma tête quand j'ai vu Luc Besson mentionné sur la couverture… ).


La trame

Une trame un peu simplette au début. Le jeune réfugié qui s'est fait attrapé et jeter en pâture à un affreux chef de travaux, pour travailler comme larbin dans un parc à touristes. L'inversion Europe Afrique est plutôt bien pensée dan la manière dont l'Histoire a tourné, et même si elle est posée en sens inverse, la question de l'immigration est plutôt bien amenée. 

Si la simplicité apparente avec laquelle l'histoire avance et avec laquelle Jef triomphe (en souffrant certes) des épreuves peut parfois paraître un peu naïve, on n'en ressent pas moins la sincérité de l'auteur vis-à-vis de ce qu'il défend : protéger la nature, la vie, leur beauté, amener l'Homme a se rendre compte de la nécessité qu'il y a à le faire. Le discours est simple mais pas simpliste, et se déroule tout au long de l'histoire. 

La découverte des Massaïs et les liens que Jef noue avec eux est particulièrement plaisant, d'autant plus que l'on découvre pas mal d'éléments de la vie de ce peuple ; l'auteur s'est apparemment beaucoup documenté dessus. 

Un petit bémol avec les chapitres qui entrecoupent l'histoire pour narrer le périple migratoire de Jef : ceux-ci sont loin d'être inintéressants, mais ils n'étaient pas indispensables car provoquant surtout une rupture temporaire - et heureusement jamais trop longue - dans le récit, pour au final ne pas apporter énormément à la trame principale.


Les personnages

Les personnages paraissent au début plutôt simples, dans le schéma dans lequel ils ont été imaginé. Et puis l'auteur les fait évoluer, les travaille, les peaufine, les fait grandir… et on finit par s'attacher à eux. Jef est un héros sympathique. Il a peut-être le défaut d'être un peu trop "comme il faut pour les Massaïs", mais il n'en est pas pour autant insupportable. Les Massaïs sont également très attachants, particulièrement Naphtal Ole Tutu, le vieux chef du village rebelle, et sa fille, Soïla. Le coup du vieux sage et de la jeune panthère peuvent paraître éculés, mais comme Jef, ils évoluent positivement pour devenir de vrais compagnons de lecture pour le lecteur. 


Le style

Encore une fois, une dernière, j'emploierai ce mot : simplicité. La plume est posée, sobre, et sait évoquer avec aisance les combats de l'auteur. Je garde particulièrement en mémoire la façon que l'auteur a de décrire l'émerveillement de Jef face aux paysages qui se découvrent devant lui, aux animaux qu'il aperçoit ; la façon qu'il a de parler de ce pincement qui peut prendre chacun au creux du ventre devant  quelque chose qui lui coupe le souffle. Quand on a déjà ressenti cela, on sait de quoi l'auteur parle, et c'est parfois dans le même état d'esprit de Jef que je suis ressortie de certains paragraphes. On sent l'amour de l'auteur pour cette nature qu'il défend avec conviction, et c'est, je trouve, ce qui fait la grande force de ce livre : sa sincérité.


Le mot de la fin

Un livre simple à lire, et très agréable à parcourir. Jef et son créateur nous font découvrir l'Afrique avec un certain émerveillement, ce malgré le fait que ce ne soit pas toujours sous un jour heureux. Dans tous les cas, une très jolie ode à la vie et à la nature. A déguster !



C'est du bon !





Lecture dans le cadre du défi



Item :  11 - Lire une oeuvre de SFFF dans laquelle l'Afrique tient une place prépondérante