dimanche 19 juin 2016

Silo - Hugh Howey







Résumé : Dans un futur post-apocalyptique indéterminé, quelques milliers de survivants ont établi une société dans un silo souterrain de 144 étages. Les règles de vie sont strictes. Pour avoir le droit de faire un enfant, les couples doivent s'inscrire à une loterie, et les ticket de naissance ne sont distribués que lorsqu'un vivant décède et libère une place pour une nouvelle vie. Les citoyens qui enfreignent les lois sont envoyés à l'extérieur du silo, extérieur mortel pour toute vie, balayé par des vents toxiques. Bientôt, les rouages bien huilés du silo se mettent pourtant bientôt à grincer : certaines personnes commencent à penser que les dirigeants leurs mentent quant à ce qui se passe à l'extérieur. Et quand la révolte gronde dans un espace clos, les événements deviennent vite dangereux…



Avis : Un bouquin acheté il y a quelques années, au moment de sa sortie. Le résumé Acte Sud ne me disait pas grand-chose, mais sur internet, quelques avis positifs émergeaient. Curieuse, j'ai donc tenté la lecture (même si ç'a été des années après…).


Trame 

Dans son ensemble, Silo n'est pas le livre qui brille par une grande originalité de scénario. En effet, pour qui est habitué au genre SF et a un peu traîné ses guêtres du côté du post-apo, Silo présentera le très classique schéma d'un huis-clos où les survivants commencent à se poser des questions quant aux personnes qui les dirigent. Complots, histoires d'amour, visite d'une organisation bien huilée pour garantir la survie et la docilité de ses habitants, tout y est. Silo n'est donc pas LE roman qui m'a marqué. Il se lit aisément, plaisamment, mais n'est pas spécialement transcendant dans son propos.

En revanche, ce qui m'a plu ç'a été la description des relations humaines. L'auteur est plutôt fin de ce côté-là, et propose quelques passages vraiment beaux et intéressants. Deux histoires d'amour émergent, et surprise : en plus de ne pas envahir le paysage, elles sont joliment décrites, discrètes, et apportent un vrai plus à l'ensemble. 

Un autre point très plaisant : la découverte du silo et de son organisation. L'auteur a imaginé une organisation très précise, et la découvrir avec les personnages est à la fois plaisant et effrayant quand l'on regarde notre monde. D'autre part, cette découverte du silo donne lieu à des moments d'exploration, plus loin dans le roman, en compagnie de Juliette, l'héroïne principale, et la visite en devient vite haletante, voire étouffante (je n'en dit pas plus, ce serait vous gâcher la suite ;) ).


Les personnages

Les personnages, à l'instar du scénario, comportent du bon et du moins bon. L'auteur en développe plusieurs, tous intéressants, mais pas avec la même profondeur. Du coup, on en lâche certains, d'autres sont à peine esquissés. Je pense notamment aux personnes des machines comme Shirly, Courtnee, Walker ou Knox, qui ont des rôles très forts, mais qui malheureusement n'ont pas été travaillés de sorte à ce que le lecteur les prenne réellement en affection. Certains personnages sont très intéressants, mais font de trop courtes apparitions, comme Jahns ou  Scottie. 

En revanche, j'ai beaucoup aimé le personnage de Juliette, dite Jules, une nana des Machines, sorte de McGyver qui peut tout réparer, au tempérament fort, et qui a une poigne suffisamment forte pour prendre les événements en main. Un personnage féminin comme on en voit peu (et Jahns était dans cette ligne), et que l'on aimerait voir plus souvent. 


Le style

Là en revanche, l'écriture pèche un peu à mon goût, notamment sur la longueur. Le livre est assez épais, et sur un huis-clos comme celui-ci, jouer à fond la carte du suspens aurait été tout indiqué pour donner un thriller pêchu. Non que je recherche l'action à tout prix ; j'apprécie les textes contemplatifs. Mais là, l'auteur ne peut s'empêcher d'associer le lecteur à un point de vue presque omniscient, et c'est dommage. Au lieu de découvrir certains rebondissements avec les personnages et de vibrer avec eux, le lecteur attentif aura de nombreux détails et indices à l'avance, cassant ainsi l'effet de surprise. Et là où jouer le suspens aurait permis de donner un rythme, le procédé utilisé installe plutôt des longueurs, qui donne un texte au rythme très en dents de scie. Et c'est dommage, parce que tous les ingrédients d'un post-apo énergique étaient au rendez-vous…


Le mot de la fin : Au final, Silo fut une aventure distrayante. Agréable mais sans plus. Là où je m'attendais à la "révélation" promise en 4e de couverture, j'ai plutôt lu un divertissement agréable. Même si j'ai apprécié, mon impression finale aura plutôt été celle d'un soufflé qui se dégonfle. 



Pas mal...

samedi 18 juin 2016

La Brigade de l'Ombre, tome 1 : La prochaine fois ce sera toi - Vincent Villeminot








Résumé : "Fleur vérifia sur son téléphone : son père ne lui avait laissé aucun message. C'était curieux, ces trois appels successifs. Pourtant, elle décida de faire la morte. La morte… Une étrange façon de parler, à bien y réfléchir. Et glaçante, quand on l'associait aux coups de téléphone du commissaire Marckowicz. Son père. Pour qui le pire était toujours sûr.



Avis : Les romans de Vincent Villeminot et moi, ça a souvent bien marché. J'ai découvert Instinct et ai eu un énorme coup de coeur pour cette trilogie. Quand j'ai vu qu'un livre de l'auteur était proposé à la critique par Casterman et Livraddict, c'est donc avec grand plaisir que je me suis jointe à l'aventure


Trame

La trame m'a beaucoup plu. Sous les aspects d'un roman policier se cache en réalité une enquête fantastique : dans notre société, les goules sont devenues monnaie courante. A l'instar des loups-garous, ces personnes se sont fait mordre par une goule, et deviennent, lorsqu'elles mutent, dangereuses. Comme la transformation présente des symptômes facilement repérables, des centres spécialisés accueillent ses personnes le temps que leur mutation reflue. La brigade du commissaire Marckowicz, elle, enquête sur les incidents où les goules pourraient être impliquées. 

L'enquête en elle-même est très classique : on suit un flic dont la famille est visée par les actes d'une mystérieuse personne. Pour qui est un habitué du genre policier, ce n'est pas la trame et sa construction qui vont particulièrement marquer le lecteur. Non, si, d'un bout à l'autre, j'ai suivi avec avidité les avancées de l'enquête, c'est surtout pour ses personnages, et la plume de l'auteur.


Personnages

Car oui, parlons-en des personnages. Entre la Brigade dont chaque policier a un surnom savoureux (que je ne révèle pas, parce que ça fait réellement partie des éléments très plaisants à découvrir), les deux filles de Marckowicz et particulièrement la petite Adélaïde, dix ans et la sagesse d'une grand-mère mâtinée d'une humour pince-sans-rire, Diane la flic qui doit canaliser sa violence, je dois avouer, j'ai beaucoup rit. Sans parler du fonctionnement lui-même de la Brigade ; par le côté atypique de tous ses membres, j'ai parfois retrouvé ces moments de plaisir quand je suivais les aventures d'Adamsberg, le commissaire de Fred Vargas.


Style

La plume de l'auteur est également pour beaucoup dans le fait que j'ai apprécié l'enquête : de l'humour noir et de vrais moments d'humanité, et l'enquête prend vie. Entre clins d'oeil humoristiques, vrais moments de rebondissements et de suspens, passage sur le ressenti des personnages, l'auteur sait ménager ses effets et tenir le lecteur en haleine, distiller juste ce qu'il faut pour qu'il se ronge les ongles, ou qu'il se mette à rire.



Le mot de la fin : Une enquête somme toute très classique, mais qui se distingue vraiment par des personnages savoureux, un travail sur les personnalités intéressants, et une plume qui sait très bien mener le lecteur par le bout du nez. Une première aventure fort plaisante en compagnie de la Brigade de l'Ombre.




C'est du bon !

mercredi 8 juin 2016

La Vieille Anglaise et le continent - et autres récits - Jeanne-A-Debats








Résumé : Certaines propositions ne se refusent pas, même si vous êtes une très vieille eco-warrior acariâtre et à l'agonie, même si l'offre va à l'encontre de tous les idéaux que vous avez défendus pendant tant d'années : le transfert de votre esprit dans un nouveau corps. Mais ce n'est pas n'importe quel corps qui attend Ann Kelvin, c'est celui d'un grand cachalot, un des derniers de son espèce.



Avis : Après déjà deux livres jeunesse lus de cette auteure - les excellents La Ballade de Trash et EdeN en sursis - , voici enfin que je m'attaque à un de ses ouvrages destinés davantage à un public adulte. Sans déception. 

Je ne détaillerai pas par le menu à toutes les nouvelles présentes dans le roman. Seulement les deux qui m'ont profondément marquées, pour des raisons complètement différentes : La Vieille Anglaise et le continent et Paso Doble

La Vieille Anglaise ouvre le recueil, et je dois dire qu'elle me serre encore les tripes. La construction de la nouvelle mêle au début l'expérience d'Ann dans son corps de cachalot, et en parallèle, ce qui l'a menée à cette décision et le procédé qui l'y a menée. 

On découvre ainsi le principe de la mnèse, celui qui permet de transférer son esprit dans un corps, mais en détruisant le corps initial. Au moment de la nouvelle, ce procédé ne s'effectue que sur des clones, et n'a jamais été réalisé sur des animaux. De plus, ce procédé ne dure pas plus de quelques années. J'ai particulièrement apprécié toutes les questions que l'auteure pose à travers cette idée : les implications déontologiques et réelles vis-à-vis des clones, mais aussi des êtres-humains et des animaux. Que faire des clones lorsque la mnèse prend fin ? Ont-il des droits ? Qu'est-ce que cela implique pour l'humain qui quitte son corps premier pour un autre ? Est-ce plus permis concernant des animaux ?

Autre expérience superbe, qui m'a toute retournée : l'expérience d'Ann dans son corps de cachalot, et les efforts de l'auteur pour essayer d'évacuer l'anthropomorphisme de cette expérience, à travers ce qu'elle imagine de la communication entre les mammifères marins, ce que l'on ressent dans leur milieu aquatique, leurs manière de se désigner. 

Et puis d'autres questions apparaissent. Car Ann ne quitte pas vraiment ses engagements d'eco-warrior en entrant dans le corps du cachalot. Et ce que l'on découvre du but réel de son expérience, lorsque l'on est un tant soi peu sensible à la cause des animaux et de la biodiversité, est à la fois jouissif et complètement effrayant. Le service d'une cause, aussi important soit-elle, doit-elle prélever son quota de vie ? Même si la mise en danger de la biodiversité est, à plus ou moins long terme, également une question de vie ou de mort. 

La fin et la chute de la nouvelle tendent vers une trame plus classique (je ne révélerai pas laquelle), mais dirige le texte vers une trame plus active, la où la première moitié était davantage axée sur la découverte et la réflexion. Je suis ressortie du texte chamboulée, touchée. La plume de madame de Debats est particulièrement puissante, et j'ai moi-même eu l'impression d'effectuer un voyage en eaux profondes. Rien que pour cette nouvelle, le recueil est absolument à découvrir. 



Paso Doble, ensuite. Cette nouvelle m'a marquée pour des raisons complètement différentes. En effet, je ne sais pas si j'ai adoré ou détesté cette nouvelle, qui met en scène la corrida. "Sport" que je hais sans retour possible. Et pourtant, quand elle évoque le taureau, sa majesté, sa puissance, sa beauté animale et sauvage, et sa danse avec le torrero, l'auteure réussit presque à rendre l'exercice magnifique. Et il l'est. Et je hais cette lueur d'appréciation qui s'est allumée chez moi, au fur-et-à-mesure que j'avançais dans la nouvelle, moi qui ne supporte pas l'idée que souffrance et mort animale puissent devenir un jeu. 

La nouvelle en elle-même est relativement simple quant à son déroulement et son dénouement, et ce n'est pas tant cela qui m'a à la fois plu et horrifié, que l'auteure qui, d'une certaine façon, en magnifiant la vie et la nature, rende beau même un sport de mort lorsqu'il est comparé à la "science" humaine dans ce qu'il y a de plus laid, dans la manière dont elle peut nous couper de la nature et de la vie lorsqu'elle joue les manipulatrices, les apprentis sorciers. 

Une nouvelle qui soulève des sentiments très forts, et qui me fait mesurer tous le talent d'écriture qu'il y a derrière. 



Les autres nouvelles ne sont certes pas sans intérêt, mais je les ai trouvées moins denses et poignantes que les deux que je viens d'évoquer ci-dessus. Aria Furiosa, belle est cruelle, nous offre une chute pour le moins singulière, en compagnie du dernier castrat et de quelques nazis. Dans Saint-Valentin, j'ai reconnu l'humour de l'auteure, qui me fait parfois penser à celui de Catherine Dufour. En revanche, j'ai trouvé Stratégie du réenchantement un peu facile et prévisible dans sa chute. Privilège insupportable, Gilles au bûcher, Fugues et fragrances aux temps du Dépotoir et Nettoyage de printemps m'ont été plaisantes à lire mais ne m'ont pas plus transportée que cela, malgré le plaisir que j'ai eu à les lire. J'ai en revanche beaucoup apprécié les échos que certaines nouvelles renvoyaient à d'autres (on retrouvera, entre autres, le principe de la mnèse, par exemple).

Ne nous y trompons pas : la plume de l'auteure est toujours aussi dense et plaisante à suivre dans ces nouvelles. Je crois surtout que ce sont les thèmes et la façon dont ils sont abordés qui ne m'ont pas davantage parlé. D'autant plus que ces nouvelles m'ont paru, par comparaison à La Vieille Anglaise, beaucoup moins poignantes. Du coup, j'ai un peu l'impression que l'on avait mis le Grand Final avant le spectacle, et c'est sûrement ce que je reprocherai au recueil : les textes les moins forts m'auraient paru plus indiqués pour ouvrir le bal, et les plus poignants pour le clore.


Le mot de la fin : Une plume acérée et dense, des textes très agréables à lire, inventifs, et des nouvelles particulièrement prenantes. Le présent recueil offre un panel pas toujours rose de notre futur, mais surtout des histoires à dévorer et un imaginaire riche, puissant, qu'il ne faut se retenir de découvrir !




C'est du bon !




Lecture dans le cadre du défi



Item :  1 - Lire un livre de SF écrit par une femme.


Notre-Dame des loups - Adrien Thomas







Résumé : 1868, aux confins de l'Amérique, les Veneurs, une petite troupe d'hommes et de femmes sans foi ni loi, aux armes forgées d'argent, l'âme froide comme l'acier, parcourent les immensités de l'Ouest sauvage. Ils s'enfoncent dans les vastes forêts que seuls les Indiens et les pionniers arpentent. Ils connaissent leur mission : elle pue le sang et la mort. Au loin, les premiers hurlements se font entendre ; la chasse commence. Une chasse pour abattre leur plus terrible ennemie : Notre-Dame des loups.



Avis : De très bons avis lus sur ce livre m'on poussé à le lire, bien que la perspective de parcourir l'Ouest et le 19e siècle américain ne me disaient guère. Et pourtant, parfois, on fait fort bien de mettre de côté ses a priori...


Trame 

Une des premières choses qui m'ont plues : la traque de loups-garous. Parce que dans le fond, les loups-garous sont des créatures que j'apprécie beaucoup, de par leur lien profond avec la nature. Un peu comme un être-humain qui aurait renoué avec la nature. On a d'ailleurs une très belle scène de transformation où l'auteur fait apparaître cela : le plaisir de renouer avec des instincts puissants et anciens. C'est toujours avec plaisir que je lis les livres qui les mettent en scène, d'autant plus qu'ici, rien n'est laissé au hasard, et que le lycanthropisme et son histoire sont insérés de manière très intéressante dans l'histoire.

Ensuite viennent le principe des Veneurs et leur organisation, les particularités de chacun. La Vénerie est une tradition humaine qui s'est développée avec l'apparition du lycanthropisme dans notre monde. Une sorte d'organisation secrète, avec ses "rites", sa propre manière de fonctionner, et ses beaux rouages bien huilés pour être efficace. Suivre les aventures de Jack et ses Veneurs, combiné à l'aspect survie dans les immensités glacées, environnés de loup-garous est un vrai plaisir. On frissonne lorsque les loups-garous apparaissent et lorsque Evangeline et son pack de chiens dressés spécialement se mettent en place. L'histoire est toute en temps en forts, où on se ronge les ongles et où l'ont est plongé nous aussi, lecteur, dans la traque, dans une atmosphère tendue et ouatée par l'omniprésence de la blancheur neigeuse. Jusqu'à la fin.

L'épilogue, qui narre comment Notre-Dame des loups est devenue ce qu'elle est, était peut-être dispensable. La façon dont il est narré rompt le charme du reste, et, au fond, savoir comment tout à commencé ne m'intéressait pas spécialement. Notre-Dame des loups, cheffe suprême des loups-garous, avait une part de grandeur et de mystère, et cette épilogue me l'a enlevée. Un peu de la même manière que la prélogie Star Wars a tué Dark Vador...


Personnages

La découverte des personnages est progressive à travers les différents chapitres. Un chapitre est consacré à chacun, et se termine de manière particulière, je vous laisse découvrir. Le procédé est d'autant plus appréciable que l'on entre dans les pensées de chacun, et que par cette façon de faire, l'auteur nous les rends plus proches. Là où parfois, observer le même personnage par le biais des yeux d'un autre nous l'avait rendu froid et inhumain. J'ai eu un coup de coeur pour les eux femmes de la Vénerie : Evangeline et son pack, et surtout, Waukahee, l'Indienne qui les rejoindra.


Style

Le style de l'auteur est très appréciable et suffisamment fort pour donner toute sa personnalité à chaque personnage. L'auteur sait ménager ses effets, et comme dit plus haut, hormis l'épilogue où l'on rompt assez abruptement avec le reste du texte, la plume est efficace et belle à lire.




Le mot de la fin : Excellent moment de lecture. Très court mais intense et très plaisant. Auteur et texte à découvrir.




C'est du bon !

samedi 21 mai 2016

Zoo City - Lauren Beukes







Résumé : Ancienne journaliste et ex-junkie, Zinzi habite Zoo City, un quartier de Johannesburg peuplé de criminels obligés de vivre avec un animal à leur charge. Si l'animal meurt, leur animal aussi. "Animalée" après la mort de son frère, Zinzi est affublée d'un paresseux. Elle survit grâce à de petites arnaques, et à son talent pour retrouver les personnes et les objets perdus. Lorsqu'un célèbre producteur lui demande de retrouver une pop star disparue, Zinzi, à court d'argent, accepte la mission à contre-coeur… et plonge dans les sombres bas-fonds de Zoo City.



Avis : J'ai découvert Zoo City au détour d'un forum. La couverture très graphique, et surtout le contexte peu commun de l'Afrique en SFFF m'on donné envie de m'y plonger. Ça, et la place importante et particulière des animaux dans l'histoire.


La trame

Zoo City, c'est une trame policière classique mais agréable à suivre. L'ambiance y est sombre, parfois glauque - mais pas malsaine et complaisante, un travers que je ne supporte pas. Le lecteur suit Zinzi dans ses péripéties avec un certain entrain, à travers les bas-fonds de Johannesburg, sur fond d'immeubles délabrés, de rues mal famées et d'une faune humaine souvent peu fréquentable. On découvre le passé de l'héroïne au fur-et-à-mesure, par petits bouts. Cela renforce d'ailleurs tout l'attrait du personnage : un événement important lié à son animalisation a bouleversé sa vie, et jamais on n'aura de réponse claire et nette quant aux circonstances et aux actes de Zinzi. L'imagination du lecteur est beaucoup sollicitée, et les petits détails que l'auteure laisse échapper s'amassent pour essayer de nous aider à reconstituer le puzzle.

D'un bout à l'autre, j'ai été happée par l'histoire : les magouilles de Zinzi à l'humour très pince-sans-rire et acide, son enquête et la visite de Zoo City. L'aventure est riche en rebondissements - outre les immeubles en mauvais état, le lecteur visitera les bars peu recommandables de Zoo City, mais aussi ses égouts et ses abords peu reluisants, à la poursuite de la fameuse pop star disparue.


Les personnages

Les personnages sont très attachants. Zinzi, héroïne cynique et douée pour les embrouilles, mais aussi (et surtout) Paresseux, son animal. La relation entre les deux apporte une touche vraiment sympa à l'ensemble, et découvrir petit à petit le lien qui les uni, plus ou moins semblable à celui qui unit les personnages à leur daemon dans A la croisée des mondes, est passionnant. Il y a aussi Benoît, l'amant au passé trouble, accompagné de son acariâtre Mangouste. Les jumeaux pop star, dont l'un d'eux a disparu. Fragiles et à vif, j'ai aimé les découvrir, même si au final, on ne fait réellement connaissance qu'avec Sbu', le garçon. Et enfin, Maltais et Marabout, deux personnages particulièrement et mystérieux dégageant une aura plus ou moins inquiétante, le premier affublé d'un Chien, et la seconde d'un Marabout aux pattes mutilées, qu'elle porte en sac-à-dos. Je ne sais pas si vous avez déjà vu un marabout, espèce de grand oiseau charognard aux allures de croque-mort, mais rien que d'imaginer l'ensemble, le personnage ne laisse pas du tout indifférent.


Le style

Le style est agréable à suivre. Il prend la forme du point de vue interne à Zinzi, nous suivons donc les événements via ce qu'elle perçoit, et avons droit aux commentaires piquants qui accompagnent l'ensemble. Le ton est plutôt enlevé, et se lit vraiment très bien, même si l'auteure semble parfois s''emmêler de temps en temps, comme ayant du mal à gérer le concept d'animal et l'intrigue policière : certains passages de fin un peu confus ; cela dit sûrement le seul bémol que j'ai trouvé à l'ensemble. Le texte est entrecoupé par des articles, des extraits de recherches apportant des informations sur l'apparition des Animaux. La forme du texte est travaillée, plaisante à la lecture, et apporte une petite touche d'ensemble agréable.



Le mot de la fin : Une très bonne lecture, fluide et agréable. En refermant le livre, je me suis prise à espérer retrouver Zinzi en personnage récurrent, dans de nouvelles enquêtes fantastiques sur fond africain. Un bon petit moment lecture.



C'est du bon !



Lecture dans le cadre du défi



Item :  18 - Lire un livre de SFFF traduit.



lundi 16 mai 2016

Le Cycle de Lanmeur, tome 1 : Les contacteurs - Christian Léourier







Résumé : Quand les hommes de la planète Lanmeur accèdent pour la première fois au voyage spatiale, ils ont la surprise de découvrir que d'autres humanités s'épanouissent dans l'univers. Un hasard ? Peut-être pas. Lanmeur lance alors l'idée du Rassemblement, et envoie alors des contacteurs sur ces mondes plus ou moins avancés, avec pour mission de les intégrer à une nouvelle grande civilisation humaine. Mais quels intentions masque ce grand projet ?




Avis : D'excellents avis lus sur cet ensemble de textes m'ont poussée à m'intéresser à Lanmeur, lors de la reparution du cycle chez Ad Astra. Les couvertures Folio SF m'ont attiré l'oeil, et le premier tome de cette intégrale est tombée dans mon escarcelle… pour mon plus grand bonheur...


Trame

Et l'aventure à commencé avec ce premier tome. Et quelle aventure ! En trois parties, chacune narrant l'histoire d'un contact entre la civilisation de Lanmeur et celle d'une nouvelle planète. Trois voyages, trois textes à part entière, porteurs de différents styles, dépaysants, dérangeants, effrayants, poétiques… une vraie découverte. 

Le premier texte, Ti Harnog dépeint une civilisation très stricte, où chacun a sa place ; et où chacun naît femme, puis devient homme sur ses vieux jours. Twern le contacteur, homme jeune, détonne donc dans une société où un homme glabre est une anomalie. Le lecteur découvre à travers ce texte une histoire à la limite de la fantasy : une quête, une histoire d'Elu, des batailles épiques et un environnement pseudo-médiéval. L'auteur réussit parfaitement à dépayser son lecteur en inventant un fonctionnement de société original et suffisamment bizarre pour que l'on soit déstabilisé… au moins autant que le contacteur. Un texte à la saveur "vieille héroïc-fantasy", qui ne se dépare par pour autant de son côté SF. Un tour de force.

Le deuxième texte, L'homme qui tua l'hiver, plonge le lecteur dans la quête archéologique d'Akren, jeune femme débarquée sur la planète Nedim afin d'étudier, pour le compte de Lanmeur, les vestiges de Gogleth, cité prisonnière des glaces. Avec des indigènes persuadés que Nedim, leur planète, est une divinité refusant les colons, elle brave l'espace impitoyable et glacé qui sépare son lieu d'atterrissage de Gogleth, à la recherche de reliques anciennes. Entre Indiana Jones et les romans de Jack London, j'ai suivi avec passion la lutte d'Akren pour survivre et accomplir son rêve. 

Le troisième et dernier texte, Mille fois mille fleuves, apporte un nouveau dépaysement. Un peuple qui vit au bord de l'eau et vénère le fleuve qui les accueille sur ses flots. Chaque année, le fleuve reçoit une nouvelle épouse. Cette année, Ynis, l'hérïne de ce texte, est choisir pour s'unir au fleuve. Elle narre au lecteur son histoire : sa convocation par le dieu, le Vieux Saumon, sa découverte des hommes-oiseaux, la faute qu'elle a commise et son exil. Un texte plein de poésie, et très beau de par l'histoire d'amour qu'il évoque. Une histoire d'amour narrée avec suffisamment de subtilité pour ne pas en faire un texte mièvre. 


Personnages

Dans chacun des textes, les personnages sont développés avec finesse. Twern, qui ne comprend pas le fonctionnement de la société de Ti Harnog et provoque malgré lui des changements profonds. Son évolution se fait en finesse. Akren est arrogante et reste longtemps antipathique pour le lecteur. Elle ne comprend pas les indigènes qui la mènent à Gogleth, ni leur façon de vivre. En temps que Lanmeurienne, persuadée de la puissance de sa propre civilisation, elle finira pourtant par percevoir un peu de la grandeur de Nedim. Enfin, Ynis, jeune femme persuadée de sa faute, ne se rendra jamais compte du service qu'elle a rendu au Vieux Saumon. Ces personnages, par leurs yeux, nous donnent un aperçu de trois humanités au fonctionnement différent mais passionnant. 


Style

La finesse du style de l'auteur fait également beaucoup. Chacun des récits est raconté d'un point de vue totalement différent. 

Dans Ti-Harnog, le lecteur découvre la planète par les yeux du contacteur. On garde à l'esprit sa quête, même si elle est souvent perdue de vue. Dans L'homme qui tua l'hiver aussi, le lecteur suit la quête du Lanmeur par les yeux d'Akren… et certains desseins de cette civilisation semblent bien moins doués de bonnes attentions que ceux du premier texte. Enfin, dans Mille fois mille fleuves, le lecteur se demande longtemps le rapport avec Lanmeur et ne le découvre qu'à la toute fin. Et cette fois, les intentions de la planète lointaine paraissent inquiétant. 

Dans chacun des textes, lorsque l'on pense avoir perdu Lanmeur de vue, c'est avec une vraie finesse et une vraie richesse que l'auteur nous rappelle son existence, tissant et imbriquant petit-à-petit chacun des fils qu'il a laissés traîner au gré des textes. 


Le mot de la fin : Un coup de coeur pour ce premier tome ; à travers la découverte des civilisations humaines disséminées dans l'espace, Christian Léourier nous fait découvrir son riche imaginaire, et parvient à maintes reprises à dépayser le lecteur. Pour le coup, un vrai voyage, une vraie découverte… et sûrement un retour, pour ma part, du côté de Lanmeur… tome 2 !

Un livre à découvrir et à dévorer.



Coup de coeur




Lecture dans le cadre du défi



Item :  16 - Lire le premier livre d'une série SFFF que vous n'avez jamais lue.




lundi 9 mai 2016

Le Sang des lions - Loïc Le Borgne







Résumé : Début du XXIIe siècle : Tandis que l'Europe s'enfonce dans le chaos, le continent africain connaît une ère de prospérité. Principale fierté de l'Afrikwana : les Magic Eden, somptueux parcs naturels où s'ébattent lions, éléphants et autres grands fauves, devenus doux comme des agneaux grâce à l'ingénierie génétique. Jef, jeune réfugié européen, travaille dans un de ces parcs de rêve, aux pieds du Kilimanjaro. Mais le rêve tourne au cauchemar, car les animaux attaquent soudainement les touristes.Avec l'aide de Massaïs insoumis, Jef découvre que la vie sauvage est en train de reprendre ses droits…




Avis : Livre que j'avais acheté, il y a assez longtemps, dans le cadre d'un défi "Littérature des cinq continents". Le défi a été un peu oublié entre-temps, mais pas ce livre, sur lequel j'avais eu de bons éco. Et puis bon. Un livre qui me parle de nature qui recouvre ses droits, ça me parle (même si une petite alarme s'est allumée dans ma tête quand j'ai vu Luc Besson mentionné sur la couverture… ).


La trame

Une trame un peu simplette au début. Le jeune réfugié qui s'est fait attrapé et jeter en pâture à un affreux chef de travaux, pour travailler comme larbin dans un parc à touristes. L'inversion Europe Afrique est plutôt bien pensée dan la manière dont l'Histoire a tourné, et même si elle est posée en sens inverse, la question de l'immigration est plutôt bien amenée. 

Si la simplicité apparente avec laquelle l'histoire avance et avec laquelle Jef triomphe (en souffrant certes) des épreuves peut parfois paraître un peu naïve, on n'en ressent pas moins la sincérité de l'auteur vis-à-vis de ce qu'il défend : protéger la nature, la vie, leur beauté, amener l'Homme a se rendre compte de la nécessité qu'il y a à le faire. Le discours est simple mais pas simpliste, et se déroule tout au long de l'histoire. 

La découverte des Massaïs et les liens que Jef noue avec eux est particulièrement plaisant, d'autant plus que l'on découvre pas mal d'éléments de la vie de ce peuple ; l'auteur s'est apparemment beaucoup documenté dessus. 

Un petit bémol avec les chapitres qui entrecoupent l'histoire pour narrer le périple migratoire de Jef : ceux-ci sont loin d'être inintéressants, mais ils n'étaient pas indispensables car provoquant surtout une rupture temporaire - et heureusement jamais trop longue - dans le récit, pour au final ne pas apporter énormément à la trame principale.


Les personnages

Les personnages paraissent au début plutôt simples, dans le schéma dans lequel ils ont été imaginé. Et puis l'auteur les fait évoluer, les travaille, les peaufine, les fait grandir… et on finit par s'attacher à eux. Jef est un héros sympathique. Il a peut-être le défaut d'être un peu trop "comme il faut pour les Massaïs", mais il n'en est pas pour autant insupportable. Les Massaïs sont également très attachants, particulièrement Naphtal Ole Tutu, le vieux chef du village rebelle, et sa fille, Soïla. Le coup du vieux sage et de la jeune panthère peuvent paraître éculés, mais comme Jef, ils évoluent positivement pour devenir de vrais compagnons de lecture pour le lecteur. 


Le style

Encore une fois, une dernière, j'emploierai ce mot : simplicité. La plume est posée, sobre, et sait évoquer avec aisance les combats de l'auteur. Je garde particulièrement en mémoire la façon que l'auteur a de décrire l'émerveillement de Jef face aux paysages qui se découvrent devant lui, aux animaux qu'il aperçoit ; la façon qu'il a de parler de ce pincement qui peut prendre chacun au creux du ventre devant  quelque chose qui lui coupe le souffle. Quand on a déjà ressenti cela, on sait de quoi l'auteur parle, et c'est parfois dans le même état d'esprit de Jef que je suis ressortie de certains paragraphes. On sent l'amour de l'auteur pour cette nature qu'il défend avec conviction, et c'est, je trouve, ce qui fait la grande force de ce livre : sa sincérité.


Le mot de la fin

Un livre simple à lire, et très agréable à parcourir. Jef et son créateur nous font découvrir l'Afrique avec un certain émerveillement, ce malgré le fait que ce ne soit pas toujours sous un jour heureux. Dans tous les cas, une très jolie ode à la vie et à la nature. A déguster !



C'est du bon !





Lecture dans le cadre du défi



Item :  11 - Lire une oeuvre de SFFF dans laquelle l'Afrique tient une place prépondérante